Sophie NORDMANN

Phénoménologie de la transcendancePhénoménologie de la transcendance
Création – Révélation – Rédemption

Philosophie / ISBN 978-2-919121-07-6 /15 euros

Toute phénoménologie, par définition, part de et en reste au monde tel qu’il s’offre à la conscience. Une « phénoménologie de la transcendance » semble donc une entreprise impossible, puisqu’il s’agirait de chercher dans l’expérience du monde « quelque chose » qui ne puisse en aucune manière que ce soit être rapporté au monde. L’expression de « phénoménologie de la transcendance est ainsi formellement contradictoire : car si la transcendance était « phénomène » et pouvait faire l’objet d’une « -logie », d’une saisie par le logos, elle serait précisément de l’ordre de ce qui peut être mis sous la proposition « il y a quelque chose plutôt que rien ». Pour le dire autrement, si la transcendance était objet d’expérience possible, alors justement elle ne serait plus transcendance. Par principe, une « phénoménologie de la transcendance » ne cherchera donc pas positivement « quelque chose » de transcendant dans le monde. Il ne pourra s’agir que d’une phénoménologie de la trace : phénoménologie de ce qui est au monde sur le mode de la non-présence et de la non-représentabilité, phénoménologie de ce qui « brille par son absence » (p. 14-15).

« Seul un monde au cœur duquel s’est ouverte la perspective d’un autre ordre que le sien est inachevé : si aucune brèche, aucune fenêtre n’est ouverte sur un autre horizon que celui du monde tel qu’il est, si le monde est à lui-même son propre horizon ultime et indépassable, alors il est déjà parfaitement achevé » (VII.1)

TABLE ANALYTIQUE

Phénoménologie de la Transcendance

Création – Révélation – Rédemption

I.1      Par – transcendant – j’entends ce avec quoi ne peut être établi aucun rapport de commensurabilité.
I.2      Par – monde – j’entends tout ce qui peut être mis sous la proposition « il y a quelque chose plutôt que rien ».
I.3      Par – transcendance- j’entends « l’incommensurable au monde » ou encore ce qui est « d’un ordre absolument autre » que le monde tel qu’il  vient d’être défini.

II.1     Dire que le monde porte la trace d’une transcendance revient à dire que tout ce qui est au monde n’est pas de l’ordre du monde.
II.2     Se demander si le monde porte la trace d’une transcendance revient donc à s’interroger sur le statut ontologique du monde.
II.3     Par – création – j’entends le défaut de suffisance ontologique à soi du monde.
II.4     Poser la question de la création du monde, ce n’est donc pas s’interroger sur l’origine du monde, mais sur son statut ontologique.

III.1    Un être qui existe peut donc devenir créé si son statut ontologique se trouve altéré.
III.2    Le monde peut devenir créé si sa parfaite suffisance à soi se trouve rompue.
III.3    S’ouvre alors la voie d’un questionnement non métaphysique sur la création du monde.
III.4    S’ouvre alors également la voie d’une compréhension non théologique de la création du monde.
III.5    S’ouvre alors la voie d’une « phénoménologie de la transcendance » entendue comme « phénoménologie de la création ».

IV.1   L’idée de création comme insuffisance ontologique à soi du monde est indéductible du monde.
IV.2   Un monde qui porte l’idée de sa propre insuffisance à soi est insuffisant à rendre compte de lui-même.
IV.3   Un monde qui porte l’idée de sa propre création est donc nécessairement créé.

V.1    L’idée de création ne « vient » pas du monde.
V.2    Par « révélation », j’entends la survenue au monde d’une idée qui ne vient pas du monde.
V.3    L’idée de création est nécessairement une idée révélée.

VI.1    La révélation de la création du monde altère le statut ontologique du monde : elle rend le monde créé.
VI.2    La révélation de la création du monde ne révèle rien d’autre que ce qu’elle fait advenir au monde : sa création.

VII.1   Rompant la suffisance du monde à soi, la révélation in-achève le monde.
VII.2   Par – rédemption – j’entends la perspective d’un achèvement du monde.
VII.3   Comme sa création, la rédemption du monde est nécessairement révélée.

VIII.1  Seul un monde créé est à rédimer, et seul un monde à rédimer est créé.
VIII.2  Création et rédemption sont donc deux manières de dire l’in-achèvement du monde produit par la survenue de leur propre révélation.
VIII.3  De la révélation de sa création et de sa rédemption, le monde ne peut donc pas rendre compte à partir de lui-même.

IX.1   La création du monde est bien « au commencement ».
IX.2   La rédemption du monde est bien « fin des temps ».
IX.3   Entre-temps, le monde devient.

 

Sophie Nordmann

Photographie/ Melania Avanzato

Sophie Nordmann est née en 1975 à Paris. Agrégée de philosophie et docteur de l’Université Paris-Sorbonne, elle enseigne à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) et à l’Ecole Polytechnique. Elle est également chercheuse au Groupe Sociétés, Religions, Laïcités (GSRL) et directrice de programme au Collège international de philosophie. Elle a consacré à la philosophie juive contemporaine plusieurs articles ainsi que deux essais: Du singulier à l’universel. Essai sur la philophie religieuse de H. Cohen (Vrin, 2007) et Philosophie et judaïsme : H. Cohen, F. Rosenzweig, E. Levinas (Presses Universitaires de France, 2008 et 2011)

Publicités