Pascale FONTANEL

 Je parlerai tout d’abord du fusain…

Pascale FONTANEL, quelles sont les inspirations qui motivent votre recherche de plasticienne?

Je parlerai tout d’abord du fusain qui m’accompagne depuis mes débuts. C’est à travers son utilisation que j’ai découvert Giacometti puis, plus tard, Penone et l’Arte povera, Ellsworth Kelly, en particulier ses dessins de végétaux, et Chilida, mais également l’art africain, l’art japonais et chinois.

Matériau d’origine végétale, réduit à sa substance, le fusain est pour moi inégalable en matière de dessin… sont contenues en lui, volupté et rigueur, -rigueur par son dépouillement, sa ligne tendue, sa trace solide, dense, et – volupté par sa texture veloutée, poudreuse, végétale, intense et profonde. Cela permet de constituer un vaste répertoire de lignes, depuis des ébauches d’inspiration végétale ou minérales jusqu’à des vibrations de lignes.

D’autre part, sa trace favorise l’enracinement et la construction d’un espace, que l’on trouve saturé chez Giacometti et épuré chez Ellsworth Kelly, à partir duquel peuvent surgir une force et une puissance visuelle.

Par ailleurs, je retrouve dans le fusain ce que j’affectionne particulièrement dans la photographie et le cinéma noir et blanc, le grain, les contrastes, le dépouillement.

Je préciserai à propos des influences qui ont joué un rôle dans les inspirations qui motivent mon travail, qu’à partir des mes études aux Beaux-Arts, je me suis intéressée à l’abstraction et à la peinture gestuelle, en particulier aux abstraits américains tels que de Kooning, Pollock, Joan Michell et Sam Francis. C’est progressivement que je me suis éloignée d’un travail essentiellement pictural, pour m’intéresser toujours d’avantage à celui dans l’espace. Cela a débuté probablement par ma rencontre avec les mobiles de Calder. J’ai eu la sensation que l’aboutissement d’une recherche picturale pouvait se condenser dans ces créations.

De la densité que représentent des années de recherche, il ne reste plus que l’essentiel et, qui plus est, dans un mouvement léger et suspendu.

Le mobile n’est pas sans rappeler la position et le mouvement des astres, comme celui des lignes oscillantes, phénomène scientifique présent dans la mécanique ondulatoire, à partir desquelles, je trouve une inspiration (lignes courbes, oscillantes, suspendues).

D’autre part, ces lignes oscillantes courbes peuvent être rapprochées des variations et des mouvements en musique et en danse contemporaine qui m’intéressent depuis longtemps.

L’écriture gestuelle chez certains chorégraphes évoque pour moi quelque chose de familier comme peut être la rencontre avec une lecture, par exemple, je pense à Forsythe, Pina Bausch, Mats Ek, mais également à la dans Butô (qui n’est pas sans rappeler le fusain).

Il était temps que j’abandonne la toile tendue sur châssis, surface rigide, limitée par son cadre, au profit du papier qui représente pour moi un espace transitoire. Au-delà de son aspect et de sa fonction de support, il évoque pour moi, ce moment de gestation qui précède un changement de support et de dimension de travail, le passage de la toile à la réalisation d’installations dans l’espace par exemple.

Il représente également pour moi, cette potentialité incluse dans cette phase de gestation, avant la concrétisation d’une forme.

On retrouve dans l’espace, le vide, le blanc (riche en nuances, dans lequel se concentrent toutes les couleurs), comme dans le papier cette même neutralité d’où tout peut émerger.

Une réalisation en 3 dimensions demande à prendre en compte l’espace tout autour, le vide. J’ai toujours été surprise dans la peinture occidentale, saturée, du peu de place attribuée au blanc, au vide, à l’espace et que l’on retrouve en revanche dans les peintures chinoises et japonaises, avec lesquelles, je me sens plus en affinité.

C’est à travers la recherche d’un espace ouvert et d’une construction à la fois rigoureuse et légère, ramenée à l’essentiel, que mes affinités deviennent minimalistes. Il y a dans les réalisations de Donald Judd , Bruce Neumann, mais également dans les sculptures cycladiques que j’affectionne particulièrement, caractérisées par leur construction géométrique, cette recherche de l’essence qui m’intéresse.

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