Les Écrivains de la Beat Generation.

Jacqueline Starer, éditions d’écarts 2011.

Introduction /

Vague après vague, l’Amérique s’est peuplée de réfractaires, d’indé-pendants, de personnages errants, de vagabonds, de fugitifs, d’audacieux, d’aventuriers, d’esprits religieux, de personnes qui étaient parties avec la volonté de construire une vie nouvelle sur une terre inconnue. L’histoire du peuple d’Amérique est inséparable de celle de ses immigrations et de ses migrations. Les immigrants, migrants et leurs descendants, déracinés, ne s’attachent que très lentement à un nouvel endroit. Le vagabondage semble faire partie de leur caractère et les lieux lointains leur paraissent souvent plus attirants que ceux où ils se trouvent. De plus ils prennent plaisir à changer de domicile ou de travail. Le déplacement n’est pas comme pour l’Européen sujet de peine ou d’inquiétude, il est source de joie et d’anticipation curieuse. Ce qu’un Européen appelle instabilité est imagination et esprit d’aventure pour un Américain. Ailleurs est l’espoir, ici est l’ennui.

Le développement et la croissance rapide de l’Amérique s’accompagnent de mouvements de population d’Est en Ouest, du Nord au Sud et du Sud au Nord. Traversées du pays en chariots couverts, construction de rails, fabrication d’automobiles, pistes qui se transforment en routes puis en autoroutes, poussées vers l’Ouest, ruée vers l’or, fuites d’esclaves, changement de domicile dès que s’annonce une crise économique, essaims de voyageurs qui traversent ou sillonnent le pays, soit pour se fixer, soit pour trouver un travail permanent ou temporaire, forgent la psychologie de l’Américain, qu’il soit poète ou simple citoyen. Les chercheurs d’or et les aventuriers de l’Ouest avaient mené une vie plus ou moins nomadique et sauvage qui est entrée très profondément dans la mythologie et dans l’âme des Américains. Avant même que la guerre civile ne soit terminée, la culture des cow-boys, des rassembleurs et des voleurs de bétail, des porteurs de fusils et de fers à marquer, des guerriers et des Indiens tenant conseil autour du feu, des mineurs peuplant des villes grandes ouvertes, des membres de comités de vigilance et des shérifs, s’était imposée dans le grand désert américain. Après la guerre, elle s’est implantée si solidement dans la conscience américaine qu’elle est restée vivante jusqu’à nos jours. Le bison avait attiré l’Indien vers l’Ouest, l’or le prospecteur, l’herbe le propiétaire de ranch et le blé le fermier; pour tous il s’agissait de la vie, de la liberté, du bonheur; leur mouvement traduisait une quête pleine d’espoir, chargée d’affectivité.

Les voyages de Cassady,Kerouac,Ginsberg, Corso,Snyder, Burroughs et de tous les autres écrivains beats font suite aux voyages de leurs pères. Après eux, ils perçoi- vent le pays dans son immensité, comme espace actif et non comme terre statique, et vivent cette relation sur le plan de la sensibilité. Les écrivains beats et les écrivains américains qui les ont précédés ont été animés par ces deux besoins fondamentaux: celui du mouvement et celui de la préhension physique et émotionnelle de leur terre. Melville a voyagé en Europe et dans les Mers du Sud, Whitman en Amérique, Twain en Europe, dans le proche-Orient, dans l’hémisphère sud, et dans le Sud et l’Ouest américains. On vit un retour à l’Europe avec Hemingway, Stein, Pound, Fitzgerald et James tandis que Sandburg, Hart Crane et Williams, après Emerson, insistaient sur le développement et l’approfondissement de la culture et de la langue américaines. Vinrent aussi London et Steinbeck, puis Algren et Bellow. Dans les œuvres de tous ces écrivains se trouve un point commun, essentiel, permanent: la quête initiatique. Tom Sawyer et Huckleberry Finn font un voyage semblable à celui de Billy Budd et à celui d’Augie March; ils gardent tous vivants l’esprit et l’idéal de leurs ancêtres américains.

À côté des causes historiques et littéraires de la mobilité aux États-Unis, il faut souligner les causes d’ordre économique, ethnique et psychologique. Les travailleurs migrants dont les «hobos» sont l’exemple privilégié, remédient au chômage par leurs multiples déplacements. À l’exception de Cassady, les écrivains beats n’ont pas eu l’expérience personnelle de ce mode de vie. Par contre, les causes ethniques, facteurs d’inadaptation sociale sont manifestes. Presque tous les écrivains beats sont issus d’ethnies minoritaires et très pauvres. Kerouac, Cassady et Corso sont catholiques, Ginsberg, Orlovsky et Solomon sont juifs, Ferlinghetti est de père catholique. Pour eux, plus que pour un Burroughs cynique ou un Snyder confiant, le besoin de se mouvoir est constant et l’Amérique est Terre Promise. Enfin, on comprend aisément l’instabilité ou l’angoisse d’écrivains qui étaient orphelins ou nés de parents eux-mêmes orphelins ou déséquilibrés mentaux. À ces facteurs psychologiques s’ajoute souvent une mauvaise scolarité. Corso et Cassady ont passé peu de temps à l’école ; la mère de Ginsberg et celle de Ferlinghetti meurent dans un hôpital psychiatrique; la mère de Corso meurt quand il est tout enfant, les parents de Cassady se séparent alors que l’enfant a six ans. Ni Corso, ni Cassady, ni Ginsberg n’ont connu de vie familiale paisible dans leur enfance. Dans de telles situations, tragiques, inévitables, sans solution, les forces émotionnelles normales ne suffisent plus et le départ apporte un soulagement qui permet d’éviter l’affrontement avec un insupportable conflit. En même temps qu’elles forcent au départ, les oppositions à la croissance normale de la personnalité provoquent un besoin conscient ou inconscient de demeurer enfant ou adolescent. Il n’est pas surprenant que Tom Sawyer et Huckleberry Finn soient des enfants sans assise sociale solide. Tous deux personnifient la grande pulsion américaine vers le nouveau, vers l’inconnu porteur d’espoir et peut-être d’amour. Comme leurs descendants beats, ils ont grandi sur un terrain tourmenté; leur voyage devient une quête positive, un apprentissage; c’est une manière parmi d’autres d’acquérir la maturité et la faculté d’adaptation des adultes.

Le voyage des écrivains beats sera l’objet de cette étude. Après avoir fait face aux engagements et aux duretés de la vie adulte, les écrivains beats en refusent les limitations et les servitudes, décident de partir et de se lancer dans une quête qui, espèrent-ils, comblera leur attente, leur apportera quelque chose de nouveau, la vie spirituelle qui leur fait défaut, et le bonheur. Par leur «Nouvelle Vision», ils contribuent d’abord à former la Nouvelle Sensibilité qui commence à gagner l’Amérique; puis, après avoir quitté New York, entraînés par Cassady à travers le continent, ils découvrent leur pays, cherchent leur identité et essayent de se transformer. Il leur faut transcender la conscience normale qui ne les satisfait pas; les diverses initiations qu’ils s’imposent les mèneront-elles à la spiritualité? Trouveront-ils un lieu privilégié où ils pourront faire éclater leur énergie et leur enthousiasme, s’épanouir sur le plan personnel et littéraire et acquérir la liberté ? Ou entreprendront-ils l’exploration de nouveaux territoires, de nouveaux continents? Trouveront-ils une nourriture spirituelle à la mesure de leurs aspirations? Réussirontils à changer leur vision d’eux-mêmes et du monde, leurs rapports avec autrui et avec l’univers ? Quelles seront les directions et les dimensions de leur voyage intérieur ? Quels efforts feront-ils, quelles méthodes utiliseront-ils pour élargir le champ de leur conscience? Poursuivront-ils sans trêve leurs randonnées ou, revenus au pays natal, construiront-ils une société qui leur convienne et qui soit un apport au monde qui les entoure ? L’écriture est-elle pour eux un voyage parmi d’autres ou est-elle un but en soi? Ont-ils réussi à «changer la vie»? C’est à ces questions que j’essaierai de répondre ici.

J.Starer.

La Beat Generation

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Une réponse à “Les Écrivains de la Beat Generation.

  1. Raphaël Zacharie de Izarra cet Univers

    Parlant du Cosmos, des cathédrales, de la Lune, de la femme (laide, belle, vieille, méchante, chaste ou vulgaire) de l’amour (transcendant le temps, total, mystérieux, cruel, désespéré, courtois ou bestial) de l’homme (noble, étrange, déchu, inaccompli, ou royalement angélique) de la mort (comme étape du grand spectacle de la vie ou bien envisageant avec courage et romantisme son propre départ) le Verbe de Raphaël Zacharie de Izarra éclate de force, beauté et vérité

    Ses personnages sont l’humble bedeau qui maîtrise le chant divin des cloches, des vieilles oubliées par tous dont le coeur cache une ancienne tragédie d’amour, des moines, des nains, des bossus, des êtres mystérieux ou des filles simples vivant dans des fermes sans éclat, le coeur rempli d’étoiles, des radins, des vieilles filles bigotes, hypocrites et cruelles, des terroristes déshérités du destin, des mendiantes boiteuses ou bien ses propres amantes. L’humanité entière -entre l’abruti de base et l’homme qui vole, entre la rigole de la misère et les fleurs froides de l’empyrée- se retrouve fouettée et saluée par la plume de cet auteur.

    Il est en même temps la voix de ceux qu’on ne peut pas entendre, de ceux qui ne peuvent pas s’exprimer : des anges et vétérans de guerre, du Christ et de l’enfant trisomique en détresse, de la Camarde et de la jeune fille mourante

    Les articles écrits par Raphaël Zacharie de Izarra dénoncent l’imposture artistique et surtout celle littéraire, le mensonge étatique, la guerre, les clichées sociaux du travail et des vacances, le matérialisme, les habitudes alimentaires grossières, l’hystérie anti-islamique, le lavage de cerveau des masses par la télévision et la publicité. Il dénonce avec férocité toute paresse, mollesse, mensonge et ânerie. Dur comme l’acier, outrancier, cynique et plein d’humour à la fois, surprenant jusqu’à l’insupportable, son propos reste lumineux et force la pensée tout en hauteur.

    Il ne chatouille jamais dans le sens du poil, il oblige l’intelligence à grandir, là où elle existe et les nerfs à crier la où elle est absente.

    Personnage singulier de son oeuvre, l’auteur lui même se présente avec franchise, fantaisie et humour. Sous les traits du Peter Pan joyeux et cruel, du sensible Pierrot inadapté, au-delà de l’ego d’un beau Narcisse, des tics du radin, des griffes de l’Esthète féroce avec les femmes, les enfants et les chiens, du Maître des mots tendre avec les chats, entre les ailes cachées de l’ange, les tristesses du chantre des cailloux et le noble front du Prince des étoiles, à nous de trouver son vrai visage et même le nôtre si on fait le chemin de la connaissance avec bonne foi. Parce que la personnalité de Raphaël Zacharie de Izarra comprend, entre les deux Z de son nom comme entre deux ailes célestes, le carré des quatre R : la Terre royalement unie au Ciel.

    Une oeuvre comme une cathédrale où l’on doit dépasser la peur de gargouilles, entrer dans le noir pour le scintillement plurivalent des vitraux de son esprit, chanter une unique symphonie divine.

    Immense comme l’Univers, simple et sublime comme la lumière.

    Article écrit par Liliana DUMITRU

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