Impromptu sur « Le dernier des fils » par Jacqueline Starer

Impromptu sur Jean Peysson « Le dernier des fils »

Des livres avec talent, il y en a quand même pas mal, quoi qu’en disent certains esprits chagrins. Mais des livres avec des formes nouvelles, ça n’est pas si banal. Il faudrait remonter (je parle comme une ancêtre) au nouveau roman et à Sarraute pour avoir quelque chose de vraiment nouveau, à Xénakis aussi, et à ces femmes de la 3e ou de la 4e génération (tant elles évoluent vite…)

Mais là, c’est tout autre chose. D’abord on est surpris, par la mise en page, c’est Mireille Batut d’Haussy qui a fait des siennes… On attaque le texte sans préface, sans avant-propos, sans introduction, et c’est tant mieux. C’est tout de suite lui et nous, avec la patte de l’éditrice : des bords larges, sans rien, sans notes, et un texte qui se déroule sans aucune ponctuation, à la Kerouac, sauf que le propos n’a rien à voir.

Ici, par vagues successives qui se forment comme celles de la mer/océan sans même qu’on se rende compte qu’elles sont en train de monter en puissance et de se dérouler ni de quelle eau elles se renouvellent sous nos yeux, se répandant en nous, nous déversant cette pas drôle et triste histoire de père, de fille qui disparaît – comme la mère a depuis longtemps disparu, laissant père et fils seuls, et isolés, et face à face, chacun ruminant ses pensées, ses regrets, ses rares mais profondes tendresses, ancrées, n’en faisant jamais part à l’autre.

C’est un récit pourtant, et il se déroule avec un début – la sœur est encore là – et l’on découvre une mère absente – morte – dont le père rend le fils responsable de la mort par la seule force de sa naissance… Une sœur qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la mère, et c’est une double douleur. Un père qui en impose à la sœur, au frère. On ne conteste pas son absolue autorité dans la maison, cette prison où ni frère ni sœur n’ont voix au chapitre.

D’ailleurs, il s’agit d’un seul long chapitre, celui du père qui impose et plus le livre avance, plus il se perd dans le regard et la présence aimantée du fils encore trop petit, trop jeune pour se détacher. Et la vie s’écoule, par rouleaux imbriqués les uns aux autres et pourtant les vagues amènent une évolution. Là est l’art du conteur. Avec une allure d’amble et de ne pas y toucher, on avance sans pouvoir se détacher de ce récit à la fois familier parce qu’il est question du froid dans la famille, du silence – souvent un confort ! -, de la solitude, et de changement quand même – même pas en mieux ! D’une déchéance et d’une pénible croissance.

De la tendresse, oui aussi, et elle est la seule lumière du livre. La tendresse de la sœur pour le frère et réciproquement, dans une pudeur si grande qu’elle en est elle-même gênante. Et l’on est surpris qu’avec une histoire aux apparences si statiques on soit tout à fait capté, saisi, par ce livre, qu’on arrive à avancer avec lui sans pouvoir le lâcher jusqu’au moment final. Tout cela sur fond d’appartement sordide de Paris, et de la région parisienne. La fin révèle une surprise : l’éclatement d’une énorme douleur doublée d’une autre énorme et inconnue tendresse.

J.S.

11 janvier 2011

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