L’enfance du regard et Un cahier pour se perdre/ par Nelly Carnet.

Martin MELKONIAN

L’enfance du regard est un petit fascicule du désir. C’est par le regard se focalisant sur une cible qu’il se manifeste et lutte perpétuellement contre la mort prochaine qui guette chaque être humain. « En touriste existentiel », le narrateur photographie un homme qui se trouve dans le couloir de sa vision. Le point attractif est alors décrit dans ses plus infimes détails. La rencontre d’un homme et d’une femme dans un café ouvre l’imaginaire de l’écrivain qui capte, avec ou sans appareil photographique – son œil pouvant tenir lieu de focal – les scènes de la vie quotidienne. Celles-ci se mettent à prendre un sens aigu dans le micro récit. « Je surprendrai entre elle et lui, toujours au moment où ils quittent la terrasse couverte, ce dialogue irrité et irritant, puisque d’une beauté inactuelle propre à éclabousser la nuit des poètes :

Elle. – Tu lis en moi à livre ouvert.
Lui. – Nous nous touchons par tant de points !
Elle. – Tu veux dire : par tant d’épines !
Lui. – Tu seras ma religion, ma lumière. Tu seras tout.
Elle. – Non, je ne puis être la source de tes plaisirs. »

Dans le champ de vision, des panneaux indicateurs apparaissent. Celui figurant la bande blanche sur fond rouge pourrait rappeler au photographe un certain interdit sanctionnant le voyeur.

Avec Un cahier pour se perdre , les phrases s’éparpillent sur la page, organisation représentative de l’image que Melkonian se fait de la langue : une ouverture ou « un jardin », alors qu’il nous avait plutôt habitués à une continuité qu’exige le récit. Il a, cette fois-ci, opté pour « moins de mots » et une nouvelle concentration pour la mémoire, avec un bref retour à la langue arménienne. Disparate est cet écrit au milieu ou au bord de tant de blancheur-disparition. Quel est son sens, si ce n’est la recherche même d’un sens ? Chaque phrase éparpillée se lit dans la solitude, sans lien nécessaire avec ce qui la précède ou la suit, mais toujours conduite par le désir. Le cahier refermé, l’on reste dans l’énigme de sa propre existence et le temps mis en doute puisque celui-ci n’est plus le même dès l’instant où l’écriture s’en mêle. Melkonian plonge dans l’observation et la réflexion de quelques feuillets d’un cahier en train de se remplir de mots dans un geste très lent.

http://temporel.fr/Martin-Melkonian-par-Nelly-Carnet

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