Madame Jean Vilar , par MBH.

Andrée Vilar – Madame Jean Vilar – Feux tournants – écarts 1999, collection Fil à Fil

Le poème est dédié à Dominique, sa fille, femme de théâtre elle aussi, emportée sans merci par une terrible maladie.

Encore un peu de temps, si tu veux bien, mon âme

Je n’ai pas épuisé la source de mes larmes

Ni rentré la moisson de tous mes souvenirs

Si longue est la douleur et si court l’avenir

Je veux garder toujours au coeur cette blessure

Qui me parle de toi dans cette nuit obscure

Où je ne veux chercher ni trêve ni secours

Mais seulement te retrouver, mon tendre amour

En 1997, une petite femme aux allures d’adolescent est venue humblement me trouver, un carton à dessin sous le bras.

Elle souhaitait exposer ses encres de chine, ses pastels. L’acuité de son regard et sa voix d’airain ont présidé à notre rencontre qui n’a cessé de s’inaugurer qu’avec sa mort. Après plusieurs expositions, c’est la visite de journalistes venus m’interroger – moi – en sa présence, qui lui a permis de me surprendre en flagrant délit de passion théâtrale. Après leur départ, elle a fondu en larmes et m’a prise dans ses bras :  » Mais Mireille ! vous ne savez pas qui je suis !  » Mon incompréhension a scellé notre amitié. Pour moi, Andrée était un peintre qui récitait divinement Baudelaire, chaque fois que ça la prenait. Sa famille et ses amis ont peu à peu contribué à faire d’elle, pour moi aussi, Madame Jean Vilar.

Et puis, un jour, elle m’a confié des poèmes, progressivement réunis en trois recueils : Feux tournants, Amarres, couleurs du temps. Nous avons pu enregistrer Andrée disant ceux qu’elle préférait.

Hommage soit ici rendu à Carole Bernstein qui l’a encouragée et soutenue dans la défense de son oeuvre personnelle.

Si j’ai choisi ce poème pour Dominique, c’est qu’Andrée, lors de lectures publiques dans notre galerie du Ve, m’a enjoint de le dire moi-même à plusieurs reprises. Je ne suis jamais arrivée à contrôler mon émotion. Chaque fois, Andrée me serrait contre elle pour me dire à l’oreille des mots simples auxquels sa voix seule a donné à jamais un sens.

Je lui dois ce goût que j’ai désormais de dire MERCI.

MBH

https://ecartsmbh.wordpress.com/2010/03/14/andree-vilar/

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2 réponses à “Madame Jean Vilar , par MBH.

  1. Merci, Mireille, pour ce récit d’émotions, avec des mots justes qui vont dans la kone du coeur.

  2. je voulais dire zone bien sûr…

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