À propos de Chants, Contrechamps.

À propos de Chants, Contrechamps de  Suzanne Aurbach.

Par Sophie Nordmann.

« Il y a de l’archéologie parce qu’il y a du silence ». Ces mots résonnent… En eux, j’entends en écho des noms. Et d’abord un nom, celui de Michel Foucault. Michel Foucault, le grand archéologue de notre temps. « Je n’ai pas voulu faire l’histoire de ce discours », écrit Foucault au sujet du discours médical sur la folie, « mais plutôt l’archéologie de ce silence ». Le silence, envers du discours, de la folie, envers de la raison. Il y a de l’archéologie parce qu’il y a du silence… Il y a de l’archéologie parce qu’il y a de la folie : il y a de l’archéologie parce que quelque chose résiste silencieusement au discours, au logos, à la raison rationnelle et technicienne. Il y a de l’archéologie parce qu’il y a du silence… Archéo-logie, mais pas comme logos de l’archè, discours du fondement : archéologie de l’archéologue, qui cherche les traces silencieuses d’un hors-temps enfoui, d’un « passé immémorial », comme dirait Levinas – et comment ne pas l’évoquer lorsque c’est de trace dont il est question. Trace : présence absentée, absence pourtant présentable, silence qui ne fait pas signe vers autre chose que lui-même et qui pourtant parle. Trace – signe hors logos, silence : il y a de l’archéologie parce qu’il y a du silence. Il y a de l’archéologie parce qu’il y a trace, il y a de l’archéologie parce que quelque chose résiste à l’Histoire. L’historien tient discours, et se tient dans l’élément du discours. L’archéologue témoigne d’une autre histoire que l’Histoire. Celle du silence, de l’enfoui, du vaincu : Walter Benjamin. Benjamin, vaincu de l’histoire, vaincu par l’histoire, qui nous ouvre à un temps autre que la succession indéfinie des instants orientée par la flèche du progrès qui a pour nom temps de l’Histoire. Un temps autre – le temps de l’autre, de l’irréductible, de l’hétérogène –, temps tramé de discontinuités, où chaque instant est lourd de la rupture dont il est porteur. Rupture de la rédemption, irruption d’une verticalité dans la linéarité du temps historique. Rupture du Shabbat : Havdala. Ce Shabbat incanté, dans Shoah… Ce Shabbat invoqué par Rosenzweig dans son Étoile de la rédemption, comme rupture du temps linéaire et anticipation de l’éternité. Il y a de l’archéologie parce qu’il y a du silence : il y a du silence parce que quelque chose résiste au flot – du logos, de l’histoire : il y a du silence parce qu’il y a le Shabbat : il y a Shoah parce qu’il y a Archéologie : il y a Archéologie parce qu’il y a Shoah.

Sophie Nordmann / 20 mars 2010.


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