Pierre Constantin

Calligraphiste de L’instant.

Pierre Constantin commence sa vie d’artiste, dans les années 80, à l’âge de 14 ans. Il travaille la mosaïque pendant de nombreuses années, dans l’atelier de Ricardo LICATA aux Beaux Arts de Paris, avant de se concentrer sur le dessin de modèles vivants en mouvements, la danse en particulier, avec le plasticien Michel COSTIOU.

En 2007, il apporte d’autres cordes à son inspiration en faisant de la « mise en graphie » de la musique, et des mots sur l’invitation du musicien de jazz, Han Sen Limtung. Il expérimente ainsi une abstraction graphique de la musique.

Aujourd’hui, Pierre Constantin dessine exclusivement au cours de spectacles vivants. Il en fait partie intégrante. La création des dessins est filmée en direct et projetée sur un écran vidéo. Il travaille sur papier, à l’encre de chine et au calame. Mêlant ainsi une technique ancestrale à celles d’aujourd’hui. La création du dessin est alors offerte aux spectateurs pendant la représentation.

(Né en 1965.)

Source :

http://pierreconstantin.fr/

Nadine Gabin  / Paris — Janvier 2006

On peut dire que les dessins de Pierre Constantin sont des dessins de mouvements, puisqu’il s’agit de danse.

Mais comment est-ce possible de dessiner le mouvement, pas des corps mobiles mais bel et bien le mouvement?

Le mouvement est insaisissable en soi. Qu’on en donne une définition objective le fixe et le dénature, contredit l’expérience qu’on en a comme phénomène vécu. En effet la définition commune du mouvement comme changement de position des corps, d’une position initiale à une position finale, donne au mouvement une réalité rétrospective et en annule la dynamique et le sens. Dans tous les cas, ce n’est pas exactement le mouvement qu’on perçoit, c’est plutôt la chose en différents points. C’est pourquoi au lieu de mobilité des choses, on parlera de choses mobiles. Par où on voit bien aussi que l’idée de déplacement ne suffit pas car une chose non mobile peut être déplacée par une action extérieure, une main par exemple portant un objet inerte d’un endroit à un autre. On pourra bien décomposer l’affaire et multiplier la ponctuation pour résoudre l’écart, il n’en reste pas moins cet intervalle perdu où justement se déploie le mouvement en train de se faire et où justement la pensée s’épuise et fatalement s’échoue. Le mouvement en tant que tel lui résiste sauf à ce qu’elle se laisse emporter et qu’il s’agisse du mouvement de la pensée elle-même, créant en son coeur un impensé.

Mais l’impensable, quoiqu’il la laisse à tout jamais décomplétée, n’est pas étranger à la pensée et ne lui est pas hostile: il en est l’oeil aveugle.

De même le mouvement est par essence invisible. Mais il est aussi le plus intime du regard. De la même façon qu’il faut un mouvant dans le mouvement, il faut un fond au mouvement, il dépend d’un lieu d’ancrage nécessairement fixe… Ce n’est pas parce que des danseurs se déplacent qu’ils sont en mouvement. Il leur faut un oeil arrimé qui les regarde. Le fond du mouvement n’est pas l’espace derrière les danseurs, que d’ailleurs Pierre Constantin laisse vierge. Ce n’est pas sur cet immobile-là que leur mouvement apparaît mais bien sur le regard ancré dans le monde. Le regard alors tire sur ses chaînes, comme celui de Pierre Constantin tire sur son encre pour devenir passage de la chose en mouvement, entre le corps de l’homme et la chair du monde. Pierre Constantin dessine. Il est tendu vers son objet et parce qu’il les prend dans son regard, ces corps en mouvement vont passer par lui qui leur livre son geste. Ainsi ses dessins expriment-ils le passage de l’ici au là par une attitude que les corps n’ont eu à aucun moment. Ou plus exactement dans des attitudes, mais c’est déjà faux de le dire comme cela, qui n’ont pas pu être vues puisqu’elles étaient dans cet intervalle irréductible aux positions obtenues. Elles n’ont pas été vues elles sont advenues. Le dessin, par le sentiment de son urgence, s’offre comme un temps de transition pour ce mouvement perceptible et invisible dont on trouve la trace dans le vertige du regard. Les corps sont comme en train de basculer, de passer d’un autre côté ou d’être emportés par un invisible: c’est ce vide qu’il réussit à dessiner. Son geste s’harmonise autour de ce point de déséquilibre et l’oeuvre est un pivot, un pur instant.  Nadine Gabin.

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