Nathalie Bourdreux

Je représente le corps parce qu’il y a là, matière à parler de l’apparence de l’appartenance à une enveloppe. Un sujet qui me fâche et me fait bouder. Comme une enfant! Cela n’était pas clair au début, mais ça le devient plus précisément maintenant. Les corps que je représente doivent être forts, tendus, solides, et étirés. Ma peinture étant un travail d’autoportrait, ces images doivent avoir la force de contenir l’existence les douleurs, les tensions, les spasmes de vie.

Sur les supports de 2m x 2m50, une fois le buste placé, je déverse beaucoup plus de résine qu’à l’accoutumée. L’espace pictural, le fond ou encore l’espace inconscient, comme je le nomme, est l’espace entourant le corps représenté. Il se constitue de cendres, de pigments de papiers cristal. Soupe visqueuse et puante de résine qui sèche au gré du vent, absorbant les poussières de l’atelier. Aléas du temps, l’espace pictural est chimie de matière, réaction de vie, résultat d’inconscient. Ce sont des corps adultes dans un liquide amniotique. Plus le tableau est grand, plus il y a d’espace pictural, et donc de vie. De là, m’est venue l’idée d’autres inclusions de corps, dans un espace minuscule. Etoiles éloignées, je représente plusieurs dizaines de corps engloutis avec un espace inconscient minimum, de résine liquide transparente privée d’oxygène, accompagné de quelques cendres.

C’est se souvenir d’un détail, du sable de cette plage, de l’odeur de ce champ, ou des murmures ce jour là. Parce qu’on a pris le temps. On s’est arrêté devant quelque chose qu’on a choisi. On le dessine avec les moyens du bord. Là. je suis au restaurant, je dilue l’aquarelle avec du Coca-Cola; si je suis à la plage, je mets l’eau de la mer dans un coquillage, je prends l’eau d’une flaque, ou l’eau salle que j’aurais avec moi. Un dessin, c’est un instant de notre vie qui ne nous échappe pas. Qu’on regarde assez longuement pour l’inscrire en nous. En fin de compte, je pensais que ça n’avait aucun rapport, mais recouvrir un croquis, ce n’est pas une idée stupide. C’est comme recouvrir un corps. C’est la même chose. Dans l’un ou l’autre cas, c’est recouvrir mon intimité. Un corps, quel qu’il soit, avec la forme qu’il aura, sera l’enveloppe de mon existence, comme un lieu d’exposition de ma vie. Le croquis, sur une page de mon carnet, que je décide d’arracher, pour le coller sur une planche du même diamètre, puis, le recouvrir de paraffine au pinceau, et, enfin le redécouvrir légèrement ne contredit pas le processus de recouvrir un corps. L’important n’est pas tant ce que je recouvre, mais le fait même de recouvrir.

J’ai mis de la couleur. Est-ce que cela veut dire que je suis plus heureuse? Ca a commencé avec le portrait. Un beau jour, j’ai décidé de peindre Kathy, et puis Cindy, et Christelle aussi. Leur face, trois-quarts et profil. Kathy avait un bandeau orange dans les cheveux, qui eux sont blonds et ses yeux sont bleus. Peut-être que ça vient de là la couleur? Et puis le corps me lasse après tout. Je veux tout peindre. Les figures, les tomates, les pots de peinture. Tout, tout ce qui me plaît. Tout ça a une importance capitale. Autant que le corps. Hier, j’ai peint des « intérieurs d’ateliers». Là aussi il y a beaucoup de couleurs.

Nathalie Bourdreux.

Advertisements

Une réponse à “Nathalie Bourdreux

  1. Nathalie,
    J’aime beaucoup Grand Tomy que tu as produit depuis longtemps déjà, et j’aimerais avoir des nouvelles récentes de toi. Si tu utilises toujours la résine de polymère. Je t’embrasse.
    PIerre-edern.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s