Carine Fouquet

Ad nauseam.

Roman – 121  pages – 20 euros/EAN 9 782912 824486

Il était une fois…
Une femme bienveillante et avisée par l’âge désire léguer à son très jeune époux un édifiant ménagier, pour lui servir après sa mort, en un temps où le masculin est honni, en un lieu où l’universel est féminin. Elle lui raconte comment, par amour de lui, elle brava l’interdit, protégeant sa naissance, comme autrefois, dit-on, la fille de Pharaon tira Moïse des eaux. Elle lui livre le conte de Vanon, paradigme de l’époux soumis et doux, d’une docilité aussi inhumaine que le fut celle de Grisélidis au Moyen Age. Et revient au présent, jouit de l’amoureux nourrissant son espoir insensé d’échapper à la sempiternelle lutte des sexes, qui cependant ne sauraient se passer l’un de l’autre… À moins que le monde n’ait déjà décidé de périr dans la joie générale des gens spirituels qui croiront à une farce…


Ses forces, il les avait épuisées, dans sa gestation ou bien, plus tard, chez la mercière, commerce de ruban à cheveux en tous genres, boutons de cuir nécrosés nec plus ultra. Il avait vendu là sa vigueur d’avant mariage, le mercière trop heureuse d’un jeune manoeuvrier à la chair ferme et fraîche. Elle pouvait prélever quelques lambeaux ou pièces de sa peau encore belle, mate, qui lui repoussait assez vite pour qu’elle ne lui octroyât que trois ou quatre jours de repos ininterrompus. Les avantages de la jeunesse sont immenses, elle agit même sur ceux qui ne la remarquent pas. Ne supportant pas de contact, elle le mettait dans un caisson d’apesanteur sans grâce, où il se livrait à ses activités préférées et interdites à un jeune homme le reste de l »année. Il avait du goût pour l’étude et la lecture des philosophes n’était pas la moindre de ses préoccupations lorsqu’il lui fallait maintenir le livre dans un espace réservé à cet effet, là où les pages s’autofeuilletaient, dans le lectorium.

C’étaient souvent lectures mercenaires, lors desquelles Vanon notait çà et là, résumait les pensées fortes ou la force des pensées, pour d’inconnues clientes de la mercière, compilatrices à leurs heures désolées, entre deux assemblées des membres. Il lui en restait traces plus tard, même en filant sa quenouille il se rappellerait l’analogie du tissage disant l’étroite imbrication des existences, le tissu troué risquant d’y perdre son essence. Il en oubliait ses blessures, et pensait non sans envie au sortir du caisson, à la prochaine entaille, qui lui laisserait le loisir, une fois encore, de puiser dans les lectures interdites, les ressources du courage dont son coeur se lamentait. Sa peau donnait de lumineux boutons parcheminés de toutes formes, qu’on n’osait teindre, en général, crainte de perdre l’originelle pureté de sa peau.

p.67/68

Exemplaires disponibles  prix réduit / Librairie Paragraphes

A propos d’Ad nauseam…

Carine Fouquet est née en 1967 à Paris. Elle est professeur de philosophie.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s