A propos de Florence Gourier…

LES PROPHETIES DE L’ARAIGNEE Par Michel Ellenberger

[extraits] Abbaye-aux-Dames. Saintes. 2003

L’artiste est un chevalier errant qui arpente les arêtes, les failles et les sursauts de la planète où se dévoilent pigments cachés dans les berceaux des profondeurs. Dans les avatars les plus inattendus des éléments bouleversés, il traque cette origine des choses, cette source de l’être, qui n’en finit pas de s’entrouvrir aux quêteurs obstinés.

[Ici] Le chevalier errant est une chevalière.

Une aventurière volontaire et fragile. Implacable dans sa recherche, mais frémissante d’émotion à la première découverte.

Son nom d’artiste est Florence Gourier.

Elle raconte… cet infiniment fluide qui s’écoule dans les sabliers du temps immobile.

Car le temps arrêté, puis le temps restauré, forment les écrans… sur lesquels se découpent des formes mutantes qui célèbrent la seconde naissance d’êtres qui ont traversé le cycle des matières.

La créatrice… invite à effleurer ses créatures avec les yeux, à les regarder avec les coussinets sensibles des doigts… [elle les] soumet aux vicissitudes du hasard pour [les] envoyer à la rencontre des aléas et détours d’une vie qui s’interroge sur elle-même. (…)

C’est des couches profondes que remontent les signes et indices qui donnent un sens aux choses qui errent à la surface. (…)

Le profond est insaisissable sans ce qui glisse en surface. C’est dans la simultanéité de ce qui agit au-dessus et au-dessous de la surface de flottaison du perceptible que se tisse la trame dans laquelle nous insérons nos émotions. (…)

l’art authentique est toujours naissant. Le passé et le futur ne sont que des corruptions du présent.

L’imaginaire des temps anciens vient hanter les imaginations rêveuses de maintenant. (…)

La chevalière… ne cherche pas à retenir une vision particulière… Elle se livre à cette contrée indécise où se confondent la terre trompeuse, la brume et l’eau, l’argent du ciel et le pourpre du soleil. (…)

Des êtres émergent… puis ils s’effacent en une lente métamorphose… Ils ont le charme de l’indécision, de la fluidité protéiforme des apparences. Ils sont doués pour la danse, ces migrants, et certains sont nés de la danse.

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Marie-Pierre Chatras – 4 mai 2009

La rencontre avec le Journal de la Sirène est un cadeau du hasard. L’élégante feuille A4 repliée – humbles dimensions mais forte étrangeté- a retenu votre œil. Textes et illustrations provenaient d’un réseau de signatures inconnues, mais c’était bien envoyé. Un soir à La Rochelle, on en a rencontré la rédac chef autour d’une table … Son travail du moment, a-t-elle dit, c’était des portraits, flashés puis re-traités à coup de manipulations probablement magiques. Tout cela représentait  beaucoup de travail. De travail intéressant. On a fait le nécessaire pour être de ceux qui attendent chaque mois avec curiosité le petit accordéon de papier, où figure votre adresse calligraphiée sous la rutilance d’un timbre toujours différent. Ensuite il y a eu votre portrait, ce qui crée des liens.

Au bout de deux petites années, on a grimpé en fin d’été à Paris l’escalier du mercredi, où sont conviés les abonnés, pour tartiner le pâté de la sirène avec d’autres bavards et scruter les œuvres exposées : des portulans aux planes et fantastiques géographies. C’était entre un court-métrage et un verre de bordeaux. Plus tard, des feuilles se sont affichées, végétaux simples que la forcenée avait su pétrifier et laquer, puis poinçonner de lettrines éloquentes. On s’est dit : « Elle en veut… »

C’est à La Rochelle qu’elle a offert le champagne, rosé, un lendemain de Noël, près de l’atelier. Nous étions trois coupes… Griserie légère. Couteau à huîtres qui casse. Ce crime, notre amie ne l’aurait pas commis, qui usine, carbonise, taille férocement sans se couper ! Et, même ce sont tout à coup des olives noires blotties dans un pot de grès bleu qui apparaissent, filles charnues de l’olivier du jardin que le noroît n’a pas vaincu. Une saumure iodée, subtile, les attendrit. Redoux artisanal, alors ? Zéro neuf s’annonce pacifique .

Il bruine ce dimanche d’avril et on a la chance d’avoir du temps. Alors les musées ? En commençant  par celui des Beaux Arts, oublié depuis des lustres. Splendide cour pavée de l’Hôtel de Crussol d’Uzès, rue Gargoulleau… S’abriter, attaquer vite le vaste escalier de pierre…Mais sur le palier vous arrête l’œuvre par laquelle l’ancien palais archiépiscopal a choisi d’accueillir ses visiteurs. C’est une sorte de plaque de lave, marquetée par l’éclair d’une ascension blanche qui fuse hors d’un sillage d’éclats éparpillés.

On approche. L’Oiseau de Cinabre – Emboîtage de contreplaqué serti de plomb marouflé de lin et de jute, cendres – cendres …- charbons polis, incrustations de métal poli et de matières organiques – matières organiques? Année 2000. Florence Gourier.

Tonnerre ! On aurait pu être informé, mais voilà qui est dit. Le vœu formé par la fée ferronnière se dissimule ostensiblement là, sous le signe du Phénix, un des complices immémoriaux de la Sirène :que la sortie des laves et des cendres du siècle précédent, qui nous a mis au monde, voie notre renaissance!

Nous ne le savions pas. Qu’importe. À quelques années de distance nous en acceptons l’augure, en faisons nôtre le projet, et te disons merci. Aujourd’hui s’explique le remaniement tenace – territoires, visages, feuilles – auquel tu travailles tant. Avec tes élixirs et instruments  raboteux, tu cultives le présent pour que cela reparte à tout prix, sur le magma fertile du passé

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François Bensimon. mai 2009

La Rochelle 2008

Je suis arrivé vers midi dans cette ville que je ne connais pas. À la  recherche de traces, dans la quête, l’enquête absurde qui me tient. Elle avait vécu là trois ans. En plein soleil j’ai marché devant tous les cafés sur le port, devant toutes les terrasses, devant tous ces gens et leurs regards, comme elle devait le faire tous les jours, il devait certainement en rester quelque chose, mais je n’ai rien trouvé. J’ai marché sur les pierres chaudes du quai, devant les bateaux, les pontons, les mâts, le métal et le bois peint, et l’eau, en pensant aux voyages qu’elle me racontait, aux traversées lointaines qu’elle avait faites en partant d’ici, à toutes ces images colorées, aux odeurs, à l’air et à la lumière de là-bas, et je rêvais, moi qui n’ai jamais navigué.

Plus tard dans l’après-midi, retrouvant enfin le prétexte avoué de ma venue à La Rochelle, je visite la maison et l’atelier de Florence Gourier, du côté de la plage. Là, dans ce quartier calme ( hors saison à longueur d’année), un pavillon et son jardin (presque colonial) et au bout du jardin (minuscule) l’atelier clair oû se tenait la suite exacte de mes rêveries nostalgiques, comme une réponse sibylline donnée à mes interrogations amoureuses:

Je pense aussitôt à James Cook, à La Pérouse envoyé par Louis XVI aux antipodes et mangé par les sauvages après avoir dansé avec eux, aux tatouages envahissants des polynésiens, aux tambours et aux perles, aux coffres pleins, aux anguilles des grands fonds de la mer de Sargasses, au corail, au spermaceti, au bois de campêche, au rocou, aux vanilliers, aux astrolabes, aux oiseaux marins les plus invraisemblables (certains avec une tête de femme éffrayante), aux cartes marines, sextants, boussoles aux aiguilles aimantées, compas?,aux peintures cuites et recuite sur la coque des bâteaux, à la toile cousue, aux bois flottés en mer de Chine, à Victor Ségalen, à Joseph Conrad, à l’Afrique vers l’océan indien, à tous les trésors qu’il y a dans une île, à la tristesse des îles et au désespoir d’un homme, à la solitude, aux rivets et divers oeilletons, aux numéros peints au pochoir ou bien frappés sur le laiton poli, au salpêtre, au camphre, au vernis lourds, cordages suifés, étoupe, calfatage, minium, aux goudrons…

J’ai quitté La Rochelle le soir même, regagnant l’intérieur des terres, comblé d’images à déchiffrer. Les peintures et les objets de Florence Gourier m’avaient fait beaucoup voyager.

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