A propos d’Ad nauseam, de Carine Fouquet.

Dédicace d’auteur

1393, à Paris: Un bourgeois vieillissant lègue à sa jeune épouse un « mesnagier ». somme domestique et morale, dans laquelle Grisélidis est érigée en épouse exemplaire pour s’être docilement soumise à son mari, jusqu’à accepter le sacrifice de ses propres enfants (restitués à la fin du conte, conformément à la morale du mérite…). Ce modèle proposé en toute bonne conscience par un homme bienveillant et raisonnable m’a paru faire un violent contraste par sa monstruosité même.

Passé la stupeur, j’ai essayé d’imaginer ce qu’on pourrait ressentir à la lecture, si les hommes étaient mis à la place des femmes et vice versa, de sorte que chacun de nous examinât le réel même sous une lumière plus crue, réfléchissant notre condition d’être sexué, homme ou femme. Et c’est à une Odyssée d’amour, malgré le vieil antagonisme, que je vous convie, lecteur, lectrice, puisque chacun de nous éternellement aspire à l’androgyne qu’il constituait mythiquement avec son autre.

Résumé

Par le jeu du clonage, pour lequel seules des cellules féminines sont nécessaires, le sexe masculin est devenu superfétatoire et pourchassé, comme le furent jadis les femmes, qu’une sorte d’opprobre poursuivait de la naissance à la mort. La narratrice, d’âge mûr, a décidé de passer outre l’interdit afin de se préserver un jeune mari, en espérant un temps meilleur où femmes et hommes se souviendront qu’ils n’étaient originairement qu’un seul être. Elle lui raconte sa haute lutte, usant des ressources de la virtualité technologique pour échapper à la vigilance de sinistres cerbères. Naviguant entre une peinture du moyen âge, les rues désertes où les patrouilles effacent des masculins, le site d’une idylle improbable (entre une princesse humiliée du souffle et un prince sans visage) et son site de souvenirs et sensations personnels éveillant la jalousie des femelles interchangeables, succédamné d’humanité.

Parvenue à la coïncidence du présent et de sa narration, elle entreprend pour l’édification morale de son mari, le récit de la vie de Vanon, modèle d’époux en vertu de sa soumission aveugle à sa femme.

Ne demeurent à la fin, que le témoignage et testament d’une femme et d’un homme qui espèrent par la grâce de l’amour, unique transcendance à laquelle se vouer, dans l’immanence des corps mêlés.

Note d’intention

Il faudrait lire ce texte comme on poursuit une recherche sur internet: en ouvrant des fenêtres jamais refermées, oublieux in fine du questionnement originaire. Avec le vertige que cela implique pour le lecteur ou la lectrice. Vertige redoublé par le jeu de repères a contrario : ici l’universel est par la force de la fiction féminin et le masculin subit le sort destiné jusqu’à présent aux femmes… Il s’agit donc pour les hommes de se lire dans la place des femmes ainsi peut-on espérer qu’ils sentent, sinon découvrent la violence faîte au sexe dit « autre» ou «deuxième ». Violence d’une domination affichée ou tacite, qui pourrait bien, si l’on n’y prend garde, altérer les rapports hommes I femmes, à l’heure où les avancées technologiques permettent la virtualité des rapports et demain qui sait, le clonage humain par les seules cellules féminines…

La lecture proposée ici requiert par conséquent une navigation à vue, tantôt dans le virtuel, tantôt dans le réel de la fiction, réel lui-même cheminant entre passé, présent et futur des personnages.

Il s’agit bien de notre temps présent mais poussé en ses paradoxes, jusqu’en ses noires limites, sorte d’hypothèse pessimiste, pour voir, réfléchir et lire des histoires, encore puisque l’enfance en nous jamais ne s’en lasse…

Voici donc un conte d’amour, en contenant d’autres, semblable à ces poupées russes, parce que c’est dans les contes qu’enfants nous pensons et que nous marchons, devenus «grands », dans les empreintes de cette prime pensée d’autant plus prégnante qu’elle demeure inconsciente d’elle-même.

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