Sarah seule

Sarah seule ou la troisième génération.

Jacqueline Starer, 16 mai 2007

Voici une réédition attendue et bienvenue. Avec Histoire de petits garçons, recueil de nouvelles parues dès 1997 aux éditions d’écarts, Marie Debray avait déjà fait la preuve de son talent et de sa faculté de se mettre avec efficacité et sensibilité dans la peau du sexe opposé. C’est la sorte de transmutation qui ne fait pas peur à la plupart des auteurs hommes qui croient tout savoir de l’âme féminine (?). Ne se risque pas à l’inverse qui veut. Marie Debray veut et peut.

C’est l’un des registres de Sarah seule. Mais pas le seul. Nous avons ici un roman qui, à six ans d’âge, garde une densité, une validité intactes, et prend aux tripes d’une manière nouvelle. Un autre des registres de Marie Debray est en effet de dire, en toute clarté, en toute simplicité, en un épanouissement rare, la joie d’être et d’aimer au féminin. Pas aimer avec tendresse, attendrissement, bonne entente, ce qui est aussi une joie et n’est pas à sous-estimer, mais aimer de toutes ses forces de sensualité, d’abandon sans contrainte au plaisir, avec confiance, tous sens déployés.

La Vie ! La vraie ! Pense et sent notre héroïne de roman. Et, il faut juste un tout petit détournement d’attention pour que se précipite l’entrave. Et ici quelle entrave ! Pire une trahison ! Suivie d’un enfermement de cinq ans pour dévoiement. Sarah a plus de vingt ans. Et celui qui la mène à son drame n’en a pas quinze. La loi passe. Une vie demeure qui, au travers des désespoirs, fera son chemin, mort frôlée, mais bonheur reconquis, dans et par le corps, jusqu’à l’autre bout du monde là où, malgré le dénuement, triompheront la beauté des pays abordés, le soleil, l’amitié, et feront triompher à nouveau l’amour pas mort.

Sarah seule est un livre de troisième génération si l’on se positionne en accéléré dans notre temps. Nous avons eu Woolf et Beauvoir, qui ont expliqué, demandé et obtenu. Ont suivi Cixous, Ernaut, Hyvrard, Leclerc, pour ne citer qu’elles et rester en France, chez qui la douleur est encore très (trop ?) vive. Nous sommes à présent entrés dans une autre phase où Marie Debray a toute sa place. Une phase de libre expression du désir et de complète expression de la sensualité. En témoigne aussi le dernier roman de Chantal Portillo La croqueuse qui est de la même veine.

Aucun exhibitionnisme, n’en déplaise à ceux qui sont à l’affût. Pas d’érotisme de marché. Une ardeur qui est celle de la vie, la ferveur, la fougue, l’espoir indéfectible d’un bonheur. Le droit au bonheur, une utopie ? Pourquoi pas en faire – soi-même – une réalité. C’est un devoir de ne pas se le laisser voler, de ne pas céder, malgré les enfermements subis, imposés, successifs et de différentes natures. Ce sont la volonté, l’audace, et la joie conquise ou reconquise qui doivent être à l’avant. Que la métamorphose continue de se poursuivre ! Nombreuses, nombreux sont celles et ceux qui ont bel et bien l’intention d’aller dans cette direction.

Un chant de joie. Malgré tout.

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2 réponses à “Sarah seule

  1. Je viens de publier un billet très proche sur l’envers du monde

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