À paraître fin 2011 / philosophie
Phénoménologie de la Transcendance
Création – Révélation – Rédemption
(…) toute « phénoménologie », par définition, part de et en reste au monde tel qu’il s’offre à la conscience. Une « phénoménologie de la transcendance » semble donc une entreprise impossible, puisqu’il s’agirait de chercher dans l’expérience du monde, « quelque chose » qui ne puisse en aucune manière que ce soit être rapporté au monde. L’expression de « phénoménologie de la transcendance » est ainsi formellement contradictoire : car si la transcendance était « phénomène », et pouvait faire l’objet d’une « -logie », d’une saisie par le logos, elle serait précisément de l’ordre de ce qui peut être mis sous la proposition « il y a quelque chose plutôt que rien ». Pour le dire autrement, si la transcendance était objet d’expérience possible, alors justement elle ne serait plus transcendance. Par principe, une « phénoménologie de la transcendance » ne cherchera donc pas positivement « quelque chose » de transcendant dans le monde. Il ne pourra s’agir que d’une phénoménologie de la trace : phénoménologie de ce qui est au monde sur le mode d’une non-présence et d’une non-présentabilité, phénoménologie de ce qui « brille par son absence ».
“Seul un monde au cœur duquel s’est ouverte la perspective d’un autre ordre que le sien est inachevé : si aucune brèche, aucune fenêtre n’est ouverte sur un autre horizon que celui du monde tel qu’il est, si le monde est à lui-même son propre horizon ultime et indépassable, alors il est déjà parfaitement achevé” (VII.1)
TABLE ANALYTIQUE
Phénoménologie de la Transcendance
Création – Révélation – Rédemption
I.1. Par transcendant, j’entends ce avec quoi ne peut être établi aucun rapport de commensurabilité.
I.2. Par monde, j’entends tout ce qui peut être mis sous la proposition « il y a quelque chose plutôt que rien ».
I.3. Par transcendance, j’entends « l’incommensurable au monde » ou encore ce qui est « d’un ordre absolument autre que tout de ce qui peut être mis sous la proposition ‘il y a quelque chose plutôt que rien’ ».
II.1. Dire que le monde porte la trace d’une transcendance revient à dire que tout ce qui est au monde n’est pas de l’ordre du monde
II.2. Se demander si le monde porte la trace d’une transcendance revient donc à s’interroger sur le statut ontologique du monde.
II.3. Par création, j’entends le défaut de suffisance ontologique à soi du monde.
II. 4. Poser la question de la création du monde, ce n’est donc pas s’interroger sur l’origine de l’existence du monde, mais sur son statut ontologique.
III.1. Un être qui existe peut donc devenir créé si son statut ontologique se trouve altéré.
III.2. Le monde peut devenir créé si à un moment donné sa parfaite suffisance à soi se trouve rompue.
III.3. S’ouvre alors la voie d’un questionnement non métaphysique sur la création du monde.
III.4. S’ouvre alors également la voie d’une compréhension non-théologique de la création du monde.
III.5. S’ouvre alors la voie d’une « phénoménologie de la transcendance » entendue comme « phénoménologie de la création »
Sophie Nordmann est née en 1975 à Paris. Professeur agrégée de philosophie à l’Ecole pratique des hautes études et à l’Ecole Polytechnique, elle est également directrice de programme au Collège international de philosophie. Elle s’intéresse particulièrement à la philosophie juive à l’époque contemporaine, à laquelle elle a consacré de nombreux articles, ainsi que deux essais : Du singulier à l’universel. Essai sur la philosophie religieuse de H. Cohen (Vrin 2007) et Philosophie et judaïsme : H. Cohen, F. Rosenzweig, E. Levinas (PUF, 1ère ed. 2008, 2e éd. 2011).

